En cette période de l'année où tout, jusqu'au visage des passants émerveillés par les animations de rue, est sucre, il n'est nullement question de voir les professionnels de bouche, ralentir ou cesser leur activité. Au contraire, cette période de l'année nécessite qu'ils déploient toute leur énergie pour offrir à nos papilles avides d'émotions gustatives, les saveurs sorties de leur imagination bienveillante. Le mois de décembre célèbre depuis des siècles un heureux événement dans le monde Chrétien et est devenu par ce biais, celui de la famille, et du partage. Quel ancien n'évoque pas l'orange au goût inoubliable reçue en unique cadeau, qui ne conserve pas le souvenir émouvant d'une confiserie offerte, d'un parfum gourmand ou d'un met partagé? Si notre table s'orne des traditionnelles dindes aux marrons et bûches pâtissières, qu'en est-il de nos voisins? En Allemagne, pour le Vollbauchabend ou "réveillon du ventre plein", le porc a, en souvenir du sanglier sacrifié autrefois au dieu de la guerre, Woltan, longtemps occupé le centre de la table. Maintenant, décliné sous forme de pain sucré, il laisse place à l'oie garnie de fruits et légumes aux épices. Les familles confectionnent des petits sablés de toutes formes qui dispensent généreusement des senteurs de cannelle, de vanille ou d'anis et dégustent en fin de repas, le Christstollen, pain moyenâgeux aux fruits confits, épices, rhum et pâte d'amande recouvert de sucre glace, qui représente le Christ dans ses langes, pendant que leurs voisins Autrichiens mangent légèrement, un repas froid ou à base de poisson. La Belgique, partage indifféremment l'oie ou la dinde et déguste les incontournables spéculoos en forme de Saint Nicolas. Si dans la majorité des pays Européens et à leur grand regret, ces deux volailles sont à l'honneur, en Croatie, c'est la morue séchée puis préparée qui traine sur la table, tout comme au Portugal qui fait ses délices du Bacalhau cozido, morue cuite avec des pommes de terre, du chou et arrosée d'huile d'olive. Ce ne sont pas les seuls pays où le poisson est au centre des festivités, puisque le Danemark sert du hareng en entrée, tout comme la Finlande qui sert également de la morue, avec en accompagnement du porridge de riz et du jambon, la Pologne consomme du bortsch (plat traditionnel à base de poisson), la Suède se régale de gratin d'Anchois. Le poisson prend quelquefois, les formes les plus inattendues puisqu'en Suède on déguste du Lutfisk, (littéralement, poisson à la lessive), il s'agit en fait d'un colin séché trempé à la lessive de soude pour l'attendrir. Les agapes sont chargées de symboles, ainsi, selon qu'il est constitué de 7, 9 ou 12 plats, le repas frugal des Bulgares célèbre les jours de la semaine, la grossesse ou les 12 mois de l'année. A la manière des galettes des rois, il s'y partage des pains garnis d'une pièce ou de messages, vecteurs de bonheur pour l'année à venir. Le repas de Noël marque pour les Grecs la rupture d'un jeune de 40 jours, pendant lesquels ils ont manifesté leur foi. En Provence, les 13 desserts symbolisent les 12 apôtres et Jésus. En Hongrie, il y a peu, on accordait à la nappe qui couvrait la table du repas de Noël, des pouvoirs magiques, aussi, dès le lendemain, on l'utilisait pour porter les grains de blé avant de les semer ou pour couvrir un malade... Cette coutume perdure aujourd'hui à travers le soin apporté au choix de cette nappe. Le poisson consommé est choisi vivant et sa vivacité est gage de la bonne évolution de la famille pendant l'année à venir, s'il est choisi à l'étal, ce sont ses écailles qui seront gage de prospérité. Pour assurer la prospérité l'année suivante, la tradition lettonne prévoit neuf repas le jour de Noël. En Lituanie, la table, recouverte de paille puis d'un drap blanc symbolise la crèche ainsi qu'un lit de repos pour les défunts. Douze plats sans viande sont disposés autour d'hosties et de pains placés en centre de table. En Slovénie, on utilise du blé, du seigle et du sarrasin pour confectionner des pains et pâtisseries, on accorde aux recettes des vertus magiques protégeant l'avenir et la santé des hommes et des animaux. Le Christmas Pudding, de nos amis Anglais ne demande pas moins de 5 semaines de préparation. On le remue avec une cuillère en bois en hommage à la crèche de la nativité et dans le sens des aiguilles d'une montre, soit d'est en ouest, pour symboliser le voyage des Rois Mages. Chaque membre de la famille doit participer à sa confection, en formulant 1 vœu pour chaque mois de l'année, les yeux fermés en soulevant la pâte 3 fois. On y ajoute des objets, un petit cochon qui désigne le gourmand, un dé à coudre, qui désigne la vieille fille, un bouton en argent pour le célibataire, une bague pour le prochain(e) à convoler et 10 shillings or pour prédire la fortune. Chaque pays à ses coutumes qui toutes génèrent des émotions chères aux enfants qui sont en nous, mais pour reprendre une expression dans l'air du temps, "le made in France", en cette période de l'année n'a jamais été aussi bon.